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Les chevauchées royales


Louis VI,
le gros
ou le batailleur


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Philippe II,
Auguste

En Auvergne, comme dans le reste de l'Aquitaine, les campagnes carolingiennes, en particulier celle de Pépin entre 760 & 768, laissèrent aux contemporains des souvenirs aussi cuisants que l'avaient fait les invasions wisigothes. Par la suite, l'effondrement de la dynastie des fils de Charlemagne permettra à l'Auvergne d'acquérir une indépendance de fait, & les premiers capétiens ne seront même plus reconnus par les seigneurs auvergnats (Guillaume IV datait ses actes du règne du duc de Lorraine). Cette situation va durer jusqu'au règne de Louis le gros, qui, comme ses successeurs, va profiter des incessantes querelles féodales, prenant prétexte des exactions commises à l'encontre du clergé local, pour faire valoir le suprématie royale.
En 1121, Guillaume VI s'empare du centre (& de la cathédrale) de Clermont, au grand dam de l'évêque Aimeri*. Celui-ci fait appel à son suzerain direct, le roi. Accompagné de Foulques d'Anjou, Conan de Bretagne & Guillaume de Nevers, Louis VI ravagea l'Auvergne "pour venger sur les auvergnats l'injure faite à l'Église", selon Suger. Pont-du-Château fût assiégé, bombardé de pierres & de traits, "rempli de carnage", & se rendit. Clermont fît alors de même, Guillaume restitua ce qu'il avait pris, & Louis rentra à Paris.
En 1126, la querelle s'étant rallumée entre le comte & l'évêque, Louis VI, accompagné de Charles de Flandre, Foulques d'Anjou, Conan de Bretagne, & d'une troupe de normands envoyés par son vassal Henri d'Angleterre, rejoignit l'Auvergne à la tête d'une armée plus grande "qu'il n'en eût fallu pour subjuguer l'Espagne". Il mit le siège devant Montferrand, sans pouvoir prendre la place. Vint alors au secours des auvergnats leur suzerain, le duc Guillaume, avec une forte troupe d'Aquitains. Suger nous dit que du haut des monts où il avait assis son camp (quelque part entre La Baraque & Chanturgue, sur le plateau qui domine Montferrand), l'aperçu de la puissance royale l'amena à témoigner respect & obéissance à son seigneur supérieur. Le duc prêta serment pour son vassal auvergnat (en laissant un nombre suffisant de ses gens comme otages), &, ayant démontré sa puissance, le roi repartit pour Paris.
Charles VII eût à intervenir en Auvergne pour arbitrer le grave différent survenu, en 1149, entre Guillaume VII & son oncle, qui l'avait spolié de la succession du comté. Son jugement de Salomon partagea le comté en deux, et fût à l'origine du dauphiné d'Auvergne. Quelques temps après, Guillaume VIII, l'oncle usurpateur, son fils Robert, & le vicomte de Polignac se rendirent coupables de graves exactions dans le brivadois, contre le chapitre de Brioude. Malgré excommunications & repentirs plus ou moins sincères, la situation perdura, & à l'appel des évêques, Louis le jeune leva une armée, qui parvint devant Brioude en 1166. Le comte Guillaume, au caractère décidément peu accomodant, résista, mais fût battu et emprisonné. Il fit appel à Henri Plantagenêt, duc d'Aquitaine & roi d'Angleterre, son suzerain, mais le roi Louis ne les libéra, lui & ses complices, qu'après avoir obtenu de leur part serments & promesses de bonne conduite.
Au début du XIIIe siècle, le comte d'Auvergne était Gui II, décrit** comme "jovial, buveur, mais grand pilleur d'églises", fidèle aux seigneurs d'Aquitaine, & donc au roi d'Angleterre. Il était en conflit permanent avec son frère Robert***, l'évêque de Clermont, vassal du roi de France. Le comte, excommunié par son frère, finit par s'emparer de ses biens & de ceux de l'Église, pillant, entr'autres, Mozac. L'évêque en appela au roi Philippe, qui "ne laissait jamais impunies les injures faites à l'Église". En 1211, il envoya en Auvergne une armée, menée par Gui de Dampierre. Au bout d'une campagne de plusieurs mois, l'armée royale s'empara de Tournoël, Clermont & Riom. Le comte Gui fût déclaré félon, & ses biens confisqués au profit de la Couronne.
En moins de cent ans, les rois de France réduisirent à néant l'autonomie de la province, contrôlée désormais par la famille de Bourbon, représentants de la maison royale.



* : cf. Suger. D'après Dulaure, il s'agirait plutôt de Nicolas, son prédécesseur, que Pierre ( le Vénérable) de Montboissier décrit au Pape comme "un scélérat sanguinaire, qui mit la province en combustion". Il semble que les torts des parties aient été, pour le moins, partagés.

** : cf. Capefigue, Histoire de Philippe-Auguste

*** : Dauphin, comte de Clermont, cousin des deux hommes, dans une pièce en vers, demande au légat du Pape de "purger l'Auvergne d'un tel évêque, qui fait un dégat affreux dans cette province". En fait, l'animosité entre les deux frères était certainement le prolongement du conflit entre rois de France & d'Angleterre.