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Découverte d'une plaque aux armes des Maisons de
La Tour d'Auvergne-Turenne-Nassau-Orange-Bourbon-Montpensier


Dernièrement, un visiteur de ce site me faisait part de la découverte, faite par lui, d'une plaque de cheminée en fonte (dimentions 800 par 700 sur 30 millimètres), lors de la réfection d'une ancienne ferme datant de 1735, et située en Champagne. Il pensait (à juste titre) y avoir reconnu les armes de La Tour d'Auvergne, et voulait savoir s'il était possible de tenter d'en identifier le propriétaire.

A l'examen de ce blason, j'ai pensé qu'il pouvait entrer dans le cadre de la présente étude, sur les armoiries des femmes. En effet, il est composé de trois grandes parties, représentant, à dextre, une lignée paternelle, et à senestre un coupé de lignées maternelles. Ce pourrait donc être les armoiries d'une demoiselle : un jeune homme ne porterait, en effet, que les armes de son père, un homme marié y ajouterait éventuellement celles amenées en dot par son épouse, une femme mariée unirait ses armoiries paternelles à celles de son mari.

La Composition

Cet écu, coiffé d'une couronne de marquis, et dont le support de dextre est un rameau de laurier, peut se blasonner, en résumé, parti, au 1, de La Tour, et au 2 coupé de Nassau et de Bourbon. Voyons-en le détail, avant de tenter de retrouver l'héritier de cette triple alliance dans la généalogie.

     Parti, au 1 : écartelé de La Tour d'Auvergne & Turenne

Le parti de dextre est composé par la combinaison des armes des ascendances du côté paternel. Il s'agit de la branche des seigneurs d'Oliergues, vicomtes de Turenne.

Le premier motif, celui qui a attiré l'attention de notre découvreur, au 1 et 4 de l'écartelé, c'est la tour sur champ de lys, caractéristique de la famille de La Tour, connue très anciennement en Auvergne. Le blasonnement en est, habituellement, d'azur, semé de fleurs de lys d'or, à la tour d'argent maçonnée de sable, brochant.

On découvre ensuite, sur le tout du premier parti, le blason d'Auvergne, d'or, au gonfanon de gueules frangé de sinople. Sa présence rappelle l'entrée des La Tour dans la famille comtale, à la suite du mariage, en 1389, de Bertand IV avec Marie de Boulogne, future comtesse.

Vient ensuite, au 2 et 3 de l'écartelé, une incertitude : la logique voudrait que l'on retrouve ici les armes de la famille de Turenne, Agne IV ayant épousé, en 1444, Anne de Beaufort, vicomtesse de Turenne. Les armes de Turenne se blasonnent coticé d'or et de gueules, de dix pièces ; or, nous avons ici un coticé en barre. Pourquoi ? Je ne sais pas, peut-être ne s'agit-il que d'une erreur du fondeur. Je pense tout de même qu'il s'agit de Turenne, en raison d'une cohérence généalogique qui sera abordée un peu plus tard.

             

     Parti, au 2 : coupé de Nassau-Orange et de Bourbon-Montpensier

Le parti de senestre est composé de la superposition des armes des ascendances du côté maternel.

          Coupé, au 1 : Nassau-Orange

Ce coupé est complexe, formé par la réunion de sept écus différents, réalisée au gré d'alliances successives.

Le premier écartelé est celui de la Maison de Nassau-Dietz, alliée à Vianden en 1331, et à Katzenellenbogen en 1458. Y figurent, au 1, Nassau-Dillenburg, d'azur, semé de billettes d'or, au lion rampant du même, armé et lampassé de gueules, brochant, au 2, Katzenellenbogen, vieille famille de Hesse, d'or, au léopard lionné de gueules, armé, lampassé et couronné d'azur, au 3, Vianden, alliance luxembourgeoise, de gueules, à la fasce d'argent, et au 4, Dietz, autre famille de Hesse, de gueules, à deux lions passant d'or, armés et lampassés d'azur.

L'alliance de Nassau et d'Orange remonte à 1515, lorsque Henri III, comte de Nassau, épousa Claude de Châlon, princesse d'Orange. Notons que les descendants de cette Maison d'Orange, dans le midi de la France, occupent depuis plusieurs siècles le trône des Pays-Bas.

La Maison de Châlon-Arlay s'allia d'abord à Genève au XIVème siècle, puis à Orange au début du XVème.

Sur le tout de l'écartelé de Nassau figure un second écartelé, aux 1 et 4, de gueules, à la bande d'or, pour Châlon, aux 2 et 3, d'or, au huchet d'azur, virolé et lié de gueules pour Orange, et sur le tout, d'or, à quatre points équipolés d'azur, pour Genève.

             

          Coupé, au 2 : Bourbon-Montpensier

Ce coupé, en piteux état, devrait être occupé par les armes de Bourbon-Montpensier. Elles se blasonnent ordinairement : d'azur, à trois fleurs de lys d'or, au bâton de gueules péri en bande, chargé en chef d'un croissant d'argent, bien qu'en l'occurence, il semble que se soient plutôt les armes de Bourbon qui figurent sur le coupé : d'azur, à trois fleurs de lys d'or, à la bande de gueules brochant. L'alliance des deux maisons fut consacrée, en 1504, par le mariage de Louis de Bourbon-Vendôme avec Louise de Montpensier. Là encore, je pense qu'il s'agit bien de Bourbon-Montpensier, bien que le blason ne l'indique pas clairement, pour les raison de généalogie que nous allons maintenant aborder.

La Généalogie

Une fois identifiés les divers éléments de la composition, tâche relativement facile, considérant le fait qu'ils se rapportent à des familles très illustres, il nous faut résoudre l'équation suivante : quel peut être le fruit de la rencontre entre un damoiseau de la famille de La Tour, et le rejeton femelle issu du croisement des lignées de Nassau et Bourbon, vers la fin du XVIème siècle ? Comme souvent, Anselme nous est d'un grand secours. Nous pouvons lire (T.VIII, Généalogie de la Maison de la Tour, §2 Oliergues, Turenne, Bouillon, XIII), que l'union de Charlotte de Bourbon-Montpensier avec Guillaume de Nassau, prince d'Orange (nous avons là tout notre parti de senestre) donna naissance à Elisabeth de Nassau, et que celle-ci épousa, le 16  avril 1595, Henri de la Tour, vicomte de Turenne, né à Joze le 28 septembre 1555 (ce qui nous donne notre parti de dextre). En fait de damoiseau, il était déjà mûr, ayant épousé en premières noces Charlotte de la Marck, duchesse de Bouillon, dont il n'eût pas d'enfants. Notre jeune couple produisit huit enfants, deux garçons, dont le fameux Turenne, maréchal de France, et six filles. Si la première décéda en bas âge, et que les quatre suivantes se marièrent, la dernière, Charlotte, resta fille jusqu'à sa mort, en 1662. On peut donc estimer que ces armoiries illustrent exactement son état-civil, et qu'à ce titre, elle a donc pu les faire figurer en regard de son nom. Il faut cependant remarquer que l'on connaît plusieurs séries d'armoiries portant ce genre de parti dans la première moitié du XVIIe siècle, faisant figurer le couple des parents plutôt qu'une de leurs filles.

Quant à savoir comment une plaque portant les armoiries de quelques unes des plus illustres familles d'Europe s'est retouvée au fond de la cheminée d'une ferme champenoise, celà, c'est une autre histoire ...

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