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La seigneurie épiscopale


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L'établissement de l'Eglise romaine en Auvergne est largement antérieur à la période féodale. Selon Grégoire de Tours (Histoire des Francs), Strémon (Austremoine) serait venu de Rome à la fin du troisième siècle, ou au début du quatrième, pour évangéliser les arvernes, et devenir le premier évêque de Clermont. " Sept hommes, nommés évêques, furent envoyés pour prêcher dans les Gaules, sous le consulat de Décius et de Gratus : Gatien, évêque à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Strémon en Auvergne et Martial à Limoges." Selon Gonod (Notice historique de la cathédrale de Clermont-Ferrand), le sénateur Cassius, guéri de la lèpre par Austremoine aurait accueilli les chrétiens d'Auvergne dans sa maison, située tout en haut du plateau central, laquelle aurait été par la suite convertie en église.

Au cours des siècles suivants, malgré les vicissitudes du temps, l'Eglise en vint à occuper une place prépondérante en Auvergne. L'évêque Namace fit ériger une première cathédrale à Clermont, au milieu du cinquième siècle. Si l'évêque Sidoine Apollinaire organisa la résistance contre les Wisigoths, ce furent les troupes franques du roi Pépin qui vinrent incendier Clermont, et peut-être aussi sa cathédrale, en 761. L'édifice religieux sera détruit lors des invasions normandes, au début du dixième siècle.

Au milieu du dixième siècle, c'est à dire au moment où les vicomtes d'Auvergne s'affranchissent de l'autorité comtale, Etienne II, frère du vicomte Robert II, devient évêque de Clermont. Il marque son temps par diverses fondations, dont celle du chapitre de Notre-Dame-du-Port (Sainte-Marie-Principale), et prend une part importante dans la pacification de l'Auvergne, dans les années précédant la Paix de Dieu. Il consacre une nouvelle cathédrale, de style roman, sur le plateau central en l'an 946, et fait entourer la ville de fortifications. Les biens de l'évêque étaient déjà importants à cette époque, étendus autour de Clermont, provenant de donations ou d'acquisitions, formant une véritable seigneurie épiscopale en ce début de régime féodal (selon Audigier, des terres et des églises à Pompignac, Saint-Beauzire, Ceyrat, Gerzat, Tallende, Cournon, Saulse, Ménétrol, Turiac et d'autres dont les noms sont à peine connus). Vers 950, Etienne II fit sa soumission au roi de France Louis IV d'Outremer, ancrant durablement le diocèse de Clermont dans la mouvance royale, même si un de ses successeurs, Etienne III, signe ses actes de la formule "regnante domino nostro Jesu Christo", ne se reconnaissant par là aucun suzerain temporel.

Vers 1034, aux possessions épiscopales va s'ajouter une bonne moitié de la ville de Clermont, jusqu'alors siège de la puissance comtale. Un acte de donation, reproduit par Baluze (ci-dessous, tome II, p. 48), fait état de la cession par Guillaume V, sa femme Phillipie et ses enfants, à l'Eglise de Clermont, représentée par l'évêque Rencon, pour rémission de leurs péchés, de toute la partie occidentale de la ville, depuis la tour du cloitre de la cathédrale (à minori turre claustri Canonicorum usque ad turrem Decani, quae vulgo discitur Petrosa), qui figure au centre du dessin de Revel, jusqu'à l'église Saint-Adjutor, à l'extrême droite sur le même dessin (ab ipsis turribus usque in viam quae est supra Ecclesiam sancti Adjutoris Maxentii). Les comtes vont alors déplacer le siège de leur administration, laissant Clermont à l'évêque. Lors de la cession de Clermont à Catherine de Médicis en 1551, il fut prétendu que la ville avait été simplement remise en dépôt à l'évêque Robert par son frère le comte Guy II en 1202, et qu'à ce titre, elle appartenait toujours de droit au comté, et donc à la reine. Cette affirmation reposait sur un acte manifestement faux (Coutumes de la province d'Auvergne, Chabrol, 1784, Dissertation xvij), sur lequel se sont basés plusieurs historiens (Audigier, "Il lui donna en dépôt la ville de Clermont, et c'est depuis ce temps que les évêques en ont été les seigneurs.") pour faire de Guy II le donateur de la ville à l'Eglise.

Vers 1044, le même Guillaume V accorde aux évêques de Clermont le droit de battre leur propre petite monnaie d'argent, deniers et oboles, qui avait cours dans les possessions épiscopales, en particulier à Billom. En plus des donations, souvent faites par testament par des personnes aisées, soucieuses de se concilier les bonnes grâces divines, l'Eglise reçut aussi en gage, contre des espèces sonnantes, certains biens des seigneurs partant pour les Croisades, la première d'entre elles ayant été prêchée non loin de la cathédrale de Clermont, lors d'un concile tenu pour organiser la Trève de Dieu. Plus généralement, de nombreux seigneurs auvergnats, parmi les plus puissants, placent leurs possessions sous la suzeraineté de l'évêque, manière comme une autre d'échapper à celle du comte. Les noms de Ventadour, Mercœur ou Montmorin sont cités par Dufraisse (Origine des églises), et nous connaissons, grâce à Baluze, le détail de l'hommage que Guillaume Comptour d'Apchon, grand baron de la Haute-Auvergne, vient faire à l'évêque Gui de la Tour en 1267. Agenouillé devant le prélat, il remet entre ses mains les terres d'Apchon, Vaulmières, Saint-Hippolyte, Riom-es-Montagne et Saint-Vincent, pour la rémission de ses péchés et dans la crainte de la géhenne éternelle. Après consignation par notaire, l'évêque rend alors ses terres au baron, qui déclare les tenir désormais de l'Eglise de Clermont.

Les nombreux conflits féodaux entre les seigneurs (souvent les comtes eux-mêmes) et l'Eglise ont, à plusieurs reprises, incité les évêques à réclamer la protection royale. Louis VI intervenant en Auvergne pour venger l'injure faite à l'Eglise, Louis VII appelé par les chanoines de Clermont menacés par le roi d'Angleterre (en fait le comte d'Auvergne tenant pour les Plantagenêts), Philippe-Auguste qui vint trancher dans le conflit fraternel entre Guy et Robert, ces interventions ont renforcé la puissance épiscopale, et l'autorité royale, au détriment du pouvoir comtal. En 1241, l'Auvergne était divisée en quatre entités d'importance inégale :
- le dauphiné et le comté, relevant du roi, et d'assez faible importance, même si le comte de Clermont possédait maintenant Boulogne,
- la Terre d'Auvergne, donnée en apanage par Louis IX à son frère Alphonse, formée des anciennes terres comtales, de seigneuries en Livradois et dans le Cantal, et du Carladez,
- la seigneurie épiscopale de Clermont, riche et homogène, sous la protection royale. Au treizième siècle, le diocèse de Clermont était l'un des plus vastes de France, avant qu'il ne soit scindé lors de la création de l'évêché de Saint-Flour. Mais sa puissance temporelle s'affaiblit graduellement, au même titre que celle des seigneurs féodaux, jusqu'à ce que Catherine de Médicis ne vienne s'emparer de Clermont.