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Dauphin, poète et protecteur des lettres


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Vodable est une petite ville situé près d'Yssoire, Ardes & Nonette, dont Dauphin était le châtelain, & qui devint son séjour ordinaire. Il avait là un palais que Dulaure* qualifie de magnifique, bien qu'il admette qu'il n'en restait plus que des ruines en 1789.

Un des traits frappants de la personnalité de Dauphin est son amour des lettres, en net contraste avec les mœurs de ses contemporains, puis de ses successeurs. Sa Cour attira plusieurs artistes renommés, comme Hugues Brunet, de Rodez, troubadour de bonne réputation, ou encore le jongleur & poète Perdigon, qui savait "ben trobar, ben chantar & ben violar". Dauphin joua en ces occasions le rôle du mécène, fournissant à ses protégés le gîte & la subsistance, leur fournissant même des "pensions considérables", selon Dulaure.

Dauphin prit aussi sous sa protection un chevalier pauvre & habile poète nommé Perols, natif d'un château proche. Celui-ci tomba amoureux d'une sœur de Dauphin, Assalide (ou Saillide), épouse de Béraud de Mercœur. Dauphin encouragea Perols à pratiquer l'amour courtois, en composant poèmes & chansons pour la belle. Las, le talent de Perols était tel que son amour dépassa sans doute les limites de la courtoisie (tan que la Dompna li volia ben, e il fazia plazer d'amor), & Perols fût chassé de la Cour. Sans terres ni armes, il se fit jongleur, et alla chanter ses chansons "à la Cour de plusieurs seigneurs".

Dauphin dépassa le rôle du protecteur des lettres, et fût lui-même un poète reconnu, dont le nom revient assez souvent dans les textes littéraires occitans. Lors de la brouille survenue entre ses deux parents, le comte Gui & l'évêque Robert, il fût un des seuls à prendre parti pour le comte, écrivit un sirvente enflammé contre l'évêque, en demandant à l'Église "de purger l'Auvergne d'un tel évêque, qui, quoique Ministre de l'Évangile, fait un dégat affreux dans cette province." On connait également un dialogue en vers avec le poète Perdigon.

Les pièces les plus connues sont les vers échangés avec Richard Cœur-de-Lion, qu'il considérait toujours comme son suzerain (tout comme son cousin le comte Gui), bien que Philippe-Auguste ait acquis les droits sur l'Auvergne en 1189. Les deux cousins prirent fait & cause pour l'anglais contre le roi de France, mais la diplomatie étant ce qu'elle est, la première trêve laissa les deux princes auvergnats seuls face au roi, qui profita de l'occasion pour venir mettre l'Auvergne à feu & à sang. Dauphin & Gui firent allégeance, ce que Philippe-Auguste mit à profit pour se retourner contre Richard. Celui-ci, ulcéré, écrivit un sirvente aux deux cousins. Dauphin répondit par un pièce qui concluait : " Vous m'invitez à reprendre mes fiefs au roi de France, beau railleur, avez-vous repris les votres ?", le tout en vers et en langue d'oc.

On connait une note manuscrite de la même époque, figurant dans la bibliothèque royale, qui remarque que "le comte Dauphin d'Auvergne** fut un des plus savants et des plus courtois chevaliers du monde, le meilleur homme d'armes, le plus habile en amour & auprès des Dames, ainsi que dans l'art de la guerre, & en tout point il était le plus connaisseur & le plus entendu. Aucun ne composa mieux que lui des sirventes, des couplets, des tensons. Il était beau parleur, soit en raisonnant, soit en plaisantant. Par sa libéralité, il perdit plus que la moitié de son bien, & par son économie & son jugement, il sut recouvrer le tout, & même gagner plus qu'il n'avait perdu."

Au delà de l'exagération propre au panégyrique, probablement post mortem, ce texte donne une image de Dauphin à l'opposé de celle que l'on peut ordinairement avoir d'un petit seigneur auvergnat du début du XIIIe siècle.



* : cf. bibliographie.

** : ce texte conforte la position des historiens qui pensent que ce prince s'appelait Dauphin, et non Robert, et que son titre était comte d'Auvergne, et non dauphin d'Auvergne (voyez la page Origine du dauphiné).