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occidentale & épiscopale









     Si Augustonemetum fut une ville prospère, étendue et peuplée à l'époque gallo-romaine, il n'en fut plus de même après le Vème siècle. La cité arverne (Urbs Arverna) subit alors les assauts successifs des wisigoths, des seigneurs francs puis des normands au cours des siècles suivants, jusqu'au tournant de l'an mil, et sa Paix de Dieu, dont l'évêque Etienne fut l'artisan en Auvergne. A cette époque, la ville a perdu une grande partie de sa population (estimée alors à seulement 700 habitants), et de sa superficie, qui se limite aux contours du plateau central. Vers le début du XIème siècle, les fortifications reconstruites après l'invasion normande se dressent autour de la cathédrale, du château dénommé Clarus Mons, de quelques églises, de la prison, et de la tour où les évêques battent leur monnaie. La muraille est percée de cinq portes et d'une poterne, que l'on connaît par l'énumération qu'en a fait Francisque Mège (Les murs et fortifications de Clermont-Ferrand, Bibl. Patr. A32387) :

     - la porte du Palais, située à l'extrémité ouest de la rue du Port (en bas à gauche sur la vue ci-dessous). Le Palais (lettre C sur le plan), ou château, était la résidence des comtes avant que la cité n'échoie aux évêques. Le site abrita plus tard les halles de Boulogne (les comtes d'Auvergne l'étaient aussi de Boulogne depuis le XIIIème siècle), et la porte prit alors le nom de porte de Boulogne. L'emplacement de ces bâtiments est aujourd'hui occupé par l'Hôtel-de-Ville.

     - la poterle, c'est à dire la petite porte (portula), au débouché nord de l'actuelle rue Philippe-Marcombes, située juste dans l'axe de la porte septentrionale de la cathédrale (sous la lettre A ci-dessous), ouvrant sur ce qui deviendra la place de la Poterne.


Vue cavalière de Clermont (extr.), F. de Belle-Forest, 1575, Bibl. Cl.-Fd CA89. Le nord est en bas.

     - la porte de la Monnaie, située sous la tour du même nom (lettre L sur le plan), les évêques ayant acquis le droit d'y battre leur propre monnaie au début du XIème siècle. La porte se trouvait vers l'extrémité ouest de l'actuelle rue Tour-la-Monnaie, au coin de la rue Boirot.

     - la porte de la Terrasse, à l'extrémité sud de la rue Terrasse, en haut à droite sur la vue ci-dessus.

     - la porte de Dalmas, adossée à la tour du même nom, au coin des rues de la Treille et Massillon.

     - la porte du Terrail, vers l'extrémité orientale de la place du Terrail, en haut à gauche sur la vue.

     Si l'on relie ces six portes les unes avec les autres, en englobant les quartiers figurés sur la vue de 1575, on obtient un tracé qui pourrait être, approximativement, celui de la ville fortifiée de Clermont dans le courant du XIème siècle. Au cours des décennies suivantes, des fortifications sont érigées autour des églises situées dans les faubourgs du Port, à l'est, de Saint-Pierre, à l'ouest, et de Saint-Genès au sud. Au début du XVème , une reconstruction des remparts donnera à Clermont l'aspect d'une ville puissamment fortifiée, illustrée par un dessin attribué à Guillaume Revel et daté de 1460.


Vue cavalière de Clermont derrière ses remparts en 1460 (extr.), d'après Revel. L'observateur est situé au nord.

     De gauche à droite sur la vue ci-dessus, on peut distinguer la porte Champet, ouvrant sur l'est, avec sa haute tour crénelée et le pont-levis surmontant la douve, puis Notre-Dame du Port, en arrière-plan les tours du Palais et le clocher de Saint-Genès, au centre, monumentale, la cathédrale, puis la tour de la Monnaie, le clocher de l'église Saint-Pierre, et enfin, la tour crénelée surmontée d'une toiture de la porte des Gras, ouvrant à l'ouest. Les trois portes de la facade nord que l'on verra apparaître plus tard sur la vue de Belle-Forest ne figurent pas sur le dessin de Revel.

     Parue en 1575 à Paris, la Cosmographie universelle de tout le monde de Sebastian Münster comprend une illustration de François de Belle-Forest, représentant la ville de Clermont enfermée dans ses murs, lesquels apparaîssent percés de neuf portes, dont la description nous est, là encore, donnée par Francisque Mège :

     - la porte Champet, qui tiendrait son nom du Champ-Herm, l'esplanade qui s'étendait à l'est de la ville, à l'emplacement actuel de la place Delille. La porte Champet était située à l'extrémité orientale de la rue du Port. Elle est attestée bien avant la reconstruction des remparts du XVème siècle. Elle était aussi nommée Porte Royale, car d'après Savaron (Les origines de la ville de Clairmont en Auvergne, 1662), elle a vu passer, depuis Thierry en l'an 508, de nombreux rois de France venant par la route menant à Clermont depuis Montferrand, Riom, et Paris. Elle était fortement défendue par une tour, un corps-de-garde, un pont-levis et plusieurs ouvrages extérieurs, qui ont été détruits avant 1738, à l'exception de la tour (P. V. du Bureau des Finances, Mège).

     - la porte Barmier, dite Barmet par Savaron, au débouché nord de la rue Barmier, donnant sur l'actuelle place d'Espagne, tout en bas sur la vue ci-dessous. Elle était simplement percée dans le mur.

     - la porte Laurens, ou Saint-Laurent, appellé aussi porte de la Boucherie, en raison de sa proximité avec la Grande Boucherie situé à l'emplacement de l'actuelle place du Mazet. Elle est dite encore porte du Mazet. Elle était située au nord de la rue Boirot, débouchant sur l'actuelle rue Saint-Hérem. Elle a été détruite entre 1723 et 1727 lorsque le rempart est venu englober la place de la Poterne, ou place de La Grandville, remplacée par la porte de La Grandville, sur les actuelles rues Montlosier et Andre-Moinier.

     - la porte Mangon, ou Mengon pour Savaron, dite aussi porte Saint-Pierre, à l'extrémité nord de la rue Saint-Pierre, donnant sur l'actuelle place Gaillard. Très vétuste, elle a été reconstruite avant 1738.

     - la porte des Gras, la plus occidentale, situé à l'extrémité ouest de la rue des Gras. Depuis l'an 1034, et la donation d'une partie de la ville à l'Eglise, cette porte est dite Porte Episcopale, puisqu'elle voit passer les évêques venant prendre leur fonction, remontant la rue des Gras jusqu'au parvis de la cathédrale. La porte, qui comportait une tour, un pont-levis, un corps-de-garde et des ouvrages extérieurs, n'existe plus en 1738, les ouvrages ayant été antérieurement détruits, le fossé est comblé et la rue est alors fermée par une barrière.

     - la porte des Cordeliers, proche du couvent de cet Ordre, à l'ouest de l'actuelle place Sugny. Le couvent des Cordeliers était situé à l'emplacement de l'ancienne préfecture, vendu comme bien national au Conseil général en 1791. Cette porte était simplement ouverte dans le mur, sans aucun ouvrage défensif.


Vue cavalière de Clermont (extr.), F. de Belle-Forest, 1575, Bibl. Cl.-Fd CA89. Le nord est en bas.

     - la porte Saint-Esprit, à l'extrémité ouest de la rue Saint-Esprit, dite aussi porte de l'Hôpital, en raison de sa proximité avec l'établissement fondé par Saint-Genès, évêque de Clermont. Comme la précédente, cette porte était ouverte dans le mur.

     - la porte Neuve, ou de la Charité, en raison de la proximité de l'hôpital du même nom (actuel Hôtel-Dieu), la plus méridionale (tout en haut sur la vue ci-dessus), qui était aussi dite Porte Papale, car c'est par elle qu'entraient les papes venus en visite à Clermont, à commencer, selon Savaron, par Urbain II en 1095. Cette porte devait être située vers l'actuelle Pyramide de Desaix (qui est en fait un obélisque), en bas de la rue Ballainvilliers. Elle comportait un logis en étage.

     - la porte du Cerf, appelée aussi Narthonne (au débouché d'une ancienne rue du même nom), ou encore de la Madeyra par Savaron. La mayère, ou madière, désignait les branches des saules dont on faisait l'élagage, et qui approvisionnaient le marché aux échalas voisin de la porte. Celle-ci était située à l'extrémité est de la rue Saint-Esprit, donnant en haut de l'actuelle rue Ballainvilliers. Fortifiée, dotée d'un corps-de-garde et d'un pont-levis, cette porte a été détruite en 1731.

     Ces neuf portes sont visibles sur la vue de Belle-Forest datée de 1575. Mais Savaron, en 1662, nous parle de douze portes ouvertes dans les murs de Clermont, bien qu'il n'en énumère que onze. Il faut donc rajouter, décrites aussi par F. Mège :

     - la Poterne, que Mège appelle poterle ou porte du Palais, et qui doit correspondre à une ouverture dans la muraille en regard de l'emplacement des deux portes du même nom existant dans le mur du XIème siècle. Elle a été détruite entre 1723 et 1727 lorsque le rempart est venu englober la place de la Poterne, ou place de La Grandville, remplacée par la porte de La Grandville, sur les actuelles rues Montlosier et Andre-Moinier.

     - la porte Notre-Dame, dite aussi des Cercles, ou des Capucins par Mège, qui était située à l'est de la rue Grégoire-de-Tours, au débouché de l'actuelle place Michel-de-l'Hôspital. Elle était percée dans le mur, sans ouvrages extérieurs. Elle doit son nom à la tour Notre-Dame, qui s'élevait au coin de la place Michel-de-l'Hôspital et du boulevard Trudaine (l'actuelle rue Delarbre se nommait auparavant rue Sous-la-Tour-Notre-Dame).


A gauche le plan de Tardieu (extr.), à droite celui de Gonod (extr.). Le nord est en haut.

     - la porte Saint-Eloy, citée par Mège comme étant une des douze portes de Clermont, et qui ne figure pas sur la vue de Belle-Forest, ni dans l'énumération de Savaron, ni sur un plan datant de 1740 repris plus tard par Gonod (Bibl. Cl.-Fd CA80). On la trouve en revanche sur un plan datant d'environ 1725, reproduit par Tardieu dans son Histoire de la ville de Clermont-Ferrand (Bibl. Cl.-Fd CA90). Elle est décrite par Mège comme faisant face au Puy-de-Dôme, et située à proximité de la tour du Pendard, domicile de l'exécuteur des Hautes-Œuvres. Percée dans le mur, donnant accès au quartier du Tournet, elle devait se trouver au débouché de l'actuelle rue du Tournet, sur la rue Georges-Clémenceau. Selon le procès-verbal de 1738, la tour du Pendard se trouvait au coin sud-ouest du rempart, à soixante-quinze toises de la porte Saint-Eloy, ce qui correspond bien (il y a environ 130 mètres entre la rue du Tournet et l'extrémité sud de la rue Clémenceau).

     Francisque Mège évoque enfin le percement ultérieur de trois portes supplémentaires, qui ne figurent pas sur les plans de 1725 et 1740 :

     - la porte des Carmes, percée dans le mur, était située au bout de la rue entre les Jésuites (actuel conservatoire Emmanuel-Chabrier) et le couvent des Carmes, c'est-à-dire à l'extrémité orientale de l'actuelle rue Neuve-des-Carmes. L'accès en était réservé aux religieux.

     - la porte de l'Oratoire, située à l'extrémité est de la rue de l'Oratoire, en face de l'actuelle Ecole de Commerce, était aussi percée dans le mur.

     - la porte de l'Hôpital, ou de l'Hôtel-Dieu, située à l'extrémité nord de la rue Neuve, actuelle rue du Onze-Novembre, à proximité de l'ancien Hôtel-Dieu. Cette porte était réservée à l'usage de l'hôpital.

     Cette dernière nous amène au total de quinze portes, sans compter la nouvelle porte de La Grandville, récapitulées dans un procés-verbal dressé en 1738 par les Officiers du Bureau des Finances (voir Mège). Tout au long du mur, à l'intérieur de l'enceinte, courrait une rue appelée rue du Rempart, destinée à relier entre eux les différents corps-de-garde postés dans les tours ou sur les portes. Au XVIIème siècle, la paix intérieure étant revenue, les fortifications devinrent inutiles pour la défense, et leur entretien fut alors laissé à l'abandon, mais elle ne furent pas détruites immédiatement, car elles permettaient de maintenir la ville close pour contrôler la perception des droits par l'octroi. Après leur destruction, des boulevards et avenues furent tracés sur leur emplacement.